L’état conscient battu par l’instinct de survie ?

La conscience détermine-t-elle la condition humaine, ou l’inverse, la conscience est-elle le reflet des conditions dans lesquelles les humains évoluent ? Cette question a été au cœur de la dialectique sur les fondements de l’humanisme depuis l’ère présocratique.

Avec Marx, la dialectique de la conscience et de la condition humaine s’est approchée d’une victoire absolue de la conscience de masse, cette conscience des classes laborieuses de l’état misérable de leurs conditions de vie, une image bien piètre de leur situation, une vision suffisante pour leur donner la force de se libérer et de se donner droit au bien-être…

C’était un autre temps… peut-être que Marx avait raison, qu’il n’est pas responsable des crimes commis par la classe dirigeante qui justement cherchait à mettre en pratique un régime politique libérateur du capital qui exploite « légitimement » les classes laborieuses. Peut-être aussi qu’il avait tort… que le fétichisme de la marchandise est un phénomène définitivement imprégné dans le fonctionnement de l’être, que tous en sont atteints et que l’équilibre des forces en société peut difficilement aboutir à autre chose qu’une démocratie ouverte et à une économie basée sur la propriété privée, le travail, les moyens techniques de production et la croissance du capital productif. 

Ni le communiste ni le capitalisme n’a réussi à vaincre la misère des « Terriens », à les libérer et à protéger leur capital nature si important dans la production sociale du bien-être, et aucun de ces systèmes ne semble porteur d’un destin planétaire heureux. 

Peut-être est-ce le destin de l’espèce… peut-être que l’humain est étranger à lui-même… qu’il n’est pas conscient d’être conscient… qu’il est conscient de tout sauf de sa propre conscience. À sa décharge, on doit penser qu’il est difficile pour l’individu d’agir pour sa sécurité et sa liberté, de simplement survivre… tout en étant conscient du Ça (ses pulsions), Moi (son gouvernail), Surmoi (son inconscient) et Soi (sa sphère spirituel)… Et il l’est beaucoup plus encore d’intégrer dans son agir l’immense responsabilité d’être le seul organisme vivant à être à la fois conscient, intelligent et imaginatif… peut-être le seul « objet-être » de cette nature dans la galaxie… un « objet » fabriqué par des lois qui se sont forgées dans le Big Bang… un « objet » résultant d’une évolution longue et complexe des interactions entre l’énergie, la matière et la gravité.

L’état conscient serait-il battu en brèche par l’instinct de survie ?

En fait, pourrait-on dire, sauf sous certaines conditions qu’il doit lui-même aménager, l’individu n’est pas dans un état conscient au sens de la grandeur et de la valeur « cosmique » qu’il accorde à ce phénomène. Il est tout simplement, face à sa réalité, occupé à être et à se sortir de ses difficultés… il est dans l’état minimal du « je pense, donc je suis »… 

Peut-on conclure que la conscience ne peut échapper à la réalité… qu’elle est fabriquée par la condition humaine et non le contraire… que la conscience permettra un jour à l’espèce humaine et à toutes les autres espèces qui en dépendent de se sortir de leur destin ?

Alain Avanti