La conscience ne serait qu’un autre état de la matière… et de l’énergie

Max Tegmark, dans son brillant article « Consciousness as a State of Matter », propose de voir ce système, le(s) « Perceptronium [s] », le(s) système(s) produisant les qualias, comme simplement un autre état de la matière. Il ne se limite pas à spéculer sur ce qui peut sembler une évidence pour plusieurs [la conscience émane du traitement de l’information dans l’organe dédié à cette fin, le cerveau ou un système organique s’en rapprochant], il y aborde des questions fondamentales sur la perception de notre monde, par exemple, par quelle stratégie de traitement de l’information on en arrive à percevoir [concevoir] le monde comme des ensembles dynamiques d’objets hiérarchisés, interagissant et relativement indépendants. Plus encore, et là, on est au cœur de la formulation de nouveaux problèmes scientifiques sous-jacents à la théorie quantique de la conscience, Tegmark se demande quelle est la nature du système de correction d’erreurs d’interprétation dans le cerveau, comment les systèmes neuronaux peuvent supporter et traiter autant d’information, s’il est possible qu’une meilleure compréhension du fonctionnement de la conscience puisse nous aider à comprendre comment l’univers [classique] a pu se constituer à partir de ses constituants quantiques, et comment la conscience interprète les relations entre l’espace et le temps.

We perceive the external world as a hierarchy of objects, whose parts are more strongly connected to one another than to the outside.
— Max Tegmark

Les travaux de Max Tegmark s’appuient sur la théorie de Giulio Tononi qui conçoit l’état conscient comme le produit d’un système neuronal extrêmement complexe dans son organisation et hautement sophistiqué dans ses opérations de stockage et de traitement de l’Information, un système intégrant l’information externe et interne en un tout indivisible… 

Puisqu’on réfléchit sur le sujet chaud de l’état conscient avec des concepts comme « Computerium » et « Perceptronium », j’ajouterais que l’on peut postuler aussi la présence d’un « discriminatorium », un système qui permet de distinguer un qualia (un sens donné à l’information externe) d’un autre, moins adéquat, un système qui, en opérant, nous permet de prendre « conscience » de la perception… de vivre l’expérience du qualia et d’agir si cela devient nécessaire. 

Quelles spéculations littéraires peut-on inférer de ces axiomes, postulats et théorie ?

Tout d’abord, on peut penser que si l’état conscient est porté par un système physique, quelle qu’en soit la complexité, il deviendra rapidement possible de s’en faire une représentation mathématique, utilisant des allégories intelligentes (la théorie quantique en est truffée) pour en modéliser le comportement. Ensuite, comme tout système opérant à ces niveaux de complexité, il peut autoaméliorer sa performance (diversifier et accroître l’état conscient) ou se détériorer (par bris de structures et blocage d’interactions) comme on le constate tous les jours en neurologie. Par ailleurs, puisqu’il s’agit d’un système organique (computerium + perceptronium + discriminatorium = l’état conscient), il faut penser qu’il est « préprogrammé » dans le code génétique et que sa construction et son opération sont modulées épigénétiquement, donc propres à chaque individu et à son expérience de vie. Et dans ce cas, si l’on connait la clé qui ouvre ou ferme la porte à l’expression d’un gène dans la création et l’opération dudit système, on doit en déduire qu’il est possible d’en modifier la performance. Enfin, plus simplement, il faut penser qu’un système physique générant un qualia à partir du traitement de l’information externe et interne auquel il a accès produira des états conscients dont on peut prédire la nature, par exemple, une pulsion ressentie face à une situation dans l’environnement en relation avec des valeurs acquises et programmées dans des informations contenues dans le système.  

Il est assez évident que l’on peut poser que le choix de nos actions est influencé par notre état conscient et ainsi, par un état organisé de la matière et de l’énergie dans lequel circulent et se traitent des flux d’information. On peut aussi poser que nos actions engendrent des situations futures dont on ne connaît pas vraiment si elles seront porteuses de bien-être ou de mal-être, le moment présent surpassant souvent en importance le moment futur. Enfin, en prenant en considération le principe de causalité (nos actions actuelles engendrent notre futur), on peut penser que notre destin est lié en quelque sorte à notre état conscient, et ainsi, qu’il est programmé dans nos gènes, influencé par notre expérience de vie et dépendant de l’information provenant de notre environnement.

La série littéraire de science-fiction « Nouvelles Écritures » sur laquelle je travaille repose en bonne partie sur l’infinie richesse du génome humain s’exprimant malheureusement de manière erratique… erratique à ce point qu’il menace sa propre survie en détruisant le substrat qui le supporte et en opérant des systèmes socio-économiques contraignants qui semblent de toute évidence assez peu viables.

Alain Avanti