Écrire pour le plaisir ou/et pour être lu !

Écrire pour soi ou pour ses lecteurs… ou pour les deux.

Le romancier ressent du plaisir à la liberté d’écrire, à raconter une histoire sans trop se soucier de plaire à ses lecteurs. Certes, il ne cherche pas à réduire le plaisir de lire, il protège plutôt l’intégrité de son inspiration et des intentions qui se cachent dans son subconscient contre l’enfermement par les règles d’écriture des « Best Sellers »…

Mais, il lui est tout aussi agréable d’être lu, surtout lorsque sa prétendue « œuvre littéraire » se veut porteuse de connaissances, d’un message social ou politique ou encore, lorsque ses revenus en dépendent. Attention, cependant… à trop vouloir imaginez une histoire qui sera en demande sur le marché des Meilleurs vendeurs et à potasser un style d’écriture trop facile d’accès et sans personnalité, il risque d’essuyer une fin de non-recevoir par les marchands de livres. Plus encore, à ne pas respecter son identité littéraire, il perd le plaisir d’écrire et la motivation qui l’accompagne.

Écrire pour le plaisir ou pour être lu… Voilà donc le dilemme, créer une œuvre littéraire inspirée sans trop penser aux contraintes du marché, sachant que ce sera le plus souvent en vain, ou s’abandonner aux obligations de plaire en s’astreignant à des règles d’écriture (celles qui permettent de séduire le plus grand nombre) qui étouffent l’inspiration, calment les états d’âme et diminuent le plaisir d’écrire.

Dans le passé, avant que les excès médiatiques s’attaquent à détruire les capacités d’attention des lecteurs, les règles à la base de la production d’une œuvre littéraire étaient limitées, quoique presque inatteignables : une histoire passionnante, un français recherché et impeccable, une description du contexte à faire rêver et un appel quelconque aux désirs obscurs du « liseur ». Aujourd’hui, non seulement faut-il rivaliser avec près de 80 000 auteurs, sachant que moins de 10 % d’entre eux en tirent des revenus suffisants pour vivre de ce travail, mais il faut aussi imaginer un piège qui capturera l’inconscient de lecteur occupé à gérer des milliers d’informations, presque entièrement inutiles, peu agréable à stocker dans sa mémoire, et qui en fait un client impatient d’en finir avec l’histoire que l’auteur a peiné à écrire.

En pratique, un auteur habile à s’abandonner aux « forces du marché » et qui a convaincu un éditeur qu’il ne présentait pas un risque financier (le chiffre d’affaires des éditeurs a représenté 2 670 milliards d’euros), a réglé une bonne partie de ses problèmes d’écriture… l’éditeur sachant le guider vers son propre succès en librairie.

Si vous êtes dans cet état d’esprit, je vous conseille les excellentes pages Web des Éditions Humanis qui guident l’écrivain vers sa réussite ou qui le console de ne pas être l’heureux élu de l’éditeur qu’il a choisi.

Mais, atteindre les exigences d’un éditeur n’est pas une sinécure et, découragés par l’absence de traction économique offerte par leurs écrits, des dizaines de milliers d’écrivains en herbe opteront pour l’autoédition numérique… un miracle de la technologie qui donne espoir qu’un jour ils seront lus après avoir consommé le plaisir d’écrire et que, peut-être, ils seront publiés par un éditeur de calibre international. Il ne faut pas se leurrer, cependant, autoéditer une œuvre littéraire et y intéresser des lecteurs n’est pas non plus une sinécure. En fait, il est plus difficile d’être seul devant cette tâche que d’être soutenu par un éditeur exigeant qui connait tous les trucs du métier et qui sait imposer la discipline requise pour réussir.

Mais, au fait, qu’est-ce qu’une œuvre littéraire ? C’est certainement une finalité à laquelle tout écrivain aspire… relever le défi de marquer la littérature ne serait-ce que dans un créneau étroit, arriver à concevoir une œuvre capable de résister au temps parce qu’il traite avec une autorité innovante d’un sujet intemporel… comme la naissance, la mort, l’âme, l’évolution, le pouvoir, l’argent, la bravoure, la peur, l’espoir, le sacrifice, le secret, le mensonge, la trahison, la jalousie, l’intelligence, l’intrigue, l’imaginaire, la malveillance ou la folie… ou n’importe laquelle des qualités fondamentales des humains ou de leurs défauts les plus inexpugnables. S’il est facile d’imaginer des personnages auxquels on attribuera défauts et qualités, il est plus difficile d’ajuster leurs comportements et de les mettre en contexte dans une histoire intéressante… car c’est l’histoire qui fascine et les sentiments qu’évoque le comportement des personnages qui en soutient l’intérêt.

  Pierre Lemaître

Pierre Lemaître

Et qui plus est, ce n’est pas l’écrivain qui décide du statut de son œuvre, évidemment, mais le milieu d’accueil, dont la rationalité pour juger d’un produit littéraire est influencée par de nombreux intervenants (éditeurs, libraires, Clubs de lecture, critiques, agents et jurys des nombreux prix littéraires), ainsi que par divers paramètres de performance, notamment une évaluation de la réception du public et les commentaires d’irréductibles commentateurs qui ne font pas partie de l’intelligentsia littéraire. Avec tout ça pour juger des efforts de l’écrivain, avec ces forces culturelles qui s’unissent pour consacrer ou ignorer son œuvre, il faut penser qu’ils ont l’œil juste et que la barrière de la réussite est haute, et pas nécessairement aussi agréable que l’on pense pour celui qui perce le mur de la réussite. Les commentaires de l’écrivain Pierre Lemaître permettent d’en juger. Il a été élevé au rang de grand écrivain par son Prix Goncourt de 2013 avec le roman inspiré « Au revoir là-haut », traduit en 35 langues, avec un million d’exemplaires vendus et une adaptation cinématographique. Et que pense l’écrivain de ce succès inattendu ? Eh bien ! dit-il, « je pense à tous ces bouquins qui ne vont absolument pas se vendre, dont personne ne va parler, au profit d’un bouquin comme le mien. Je suis heureux pour moi-même, mais quand on n’est heureux que pour soi, ce n’est pas vraiment la définition du bonheur. » Il dit aussi : « Je connais des confrères… qui sont pétrifiés d’admiration devant leur propre travail. Ce n’est pas mon cas, et je ne suis pas certain que je mettrais mes livres en premier sur mes listes de préférence. »

Voyons si l’écrivain romancier boudé par les professionnels du marché du livre peut prendre plaisir à écrire tout en se soumettant aux conseils d’écriture des professionnels qui pourraient lui permettre d’être abondamment lu et espérer ainsi un jour s’installer dans cette difficile profession.

Le roman... des règles qui s’imposent.

Le roman est une narration fictionnelle mettant en scène le caractère extraordinaire de l’intrigue, des situations qui la définissent et des personnages qui lui donnent vie dans le conscient et le subconscient du lecteur. Écrire un roman est un défi qui se pose à l’imaginaire, cette faculté qui fait des humains une espèce unique dans l’univers. Lire un roman est un exercice auquel est attaché un coût (le prix du livre et les heures passées à le lire qui ne seront pas passées à faire autre chose). Il est donc important que l’imaginaire de l’auteur aboutisse sur un produit satisfaisant le juste prix consenti par le lecteur, ou mieux, qu’il le surpasse. Ainsi, il ne suffit pas d’imaginer une histoire intéressante pour l’auteur, mais de la configurer de manière à intéresser le lecteur, un effort considérable parce qu’il est difficile de sentir comment le lecteur sera stimulé par ce qu’il lit. Heureusement il y a des trucs :

  Albert Camus

Albert Camus

  • Accrocher le lecteur en moins de 10 pages… 5 pages disent certains. Je dirais qu’il faut l’accrocher trois fois en 10 pages pour s’assurer de respecter la complexité de la personnalité du lecteur, surtout si l’auteur vise un public précis plutôt qu’un lecteur qui cherche à passer le temps et qui est intéressé à rien d’autre.
  • Donner aux personnages qui déclenchent l’histoire un caractère mystique et exceptionnel, tout en le rendant invitant au subconscient du lecteur. On voit déjà la difficulté de l’auteur qui hésite à caricaturer ses personnages de peur de trahir l’histoire qu’il cherche à raconter, car l’exagération des caractères sera lourde de conséquences dans le déroulement de l’histoire. Il est donc important dès le début de bien doser les aspects extraordinaires des personnages clés (le beau, le bon, le méchant, l’intelligent, le fort, le faible…) tant pour les rendre intéressants au lecteur, que pour éviter qu’ils sabotent l’histoire qui fait l’objet du roman. Cet effort passe tant par le choix des noms, de l’âge, du rôle social que par la mise en situation des scènes qui enclenchent l’intrigue.
  • Attacher de beaucoup d’importance à la synchronie (les divers événements constituant l’intrigue doivent évoluer en même temps comme les musiciens dans un orchestre qui jouent en même temps) et la diachronie (l’intrigue doit évoluer de manière cohérente entre son passé, le présent et son futur). Ça semble évident, mais ce n’est pas simple… surtout si l’histoire fait intervenir plusieurs personnages dans diverses situations avec les divers rôles qui contribueront à la logique de l’intrigue. Ici, il faut que l’auteur se lise et se relise, en laissant un peu de temps entre ces exercices pour qu’il puisse se distancer de ses textes.  
  • Gérer l’équilibre des forces qui opposent les personnages ou qui les rendent complices dans l’action, des obstacles qui nuisent, des apports qui facilitent… Il n’y a pas de complicité parfaite, pas plus que des opposants finaux, des obstacles infranchissables ou un miracle qui règle tout.
  • Développer un protocole d’écriture qui accroche le lecteur à la fin d’un chapitre et au début de l’autre. Par exemple, un chapitre peut se terminer en laissant penser que quelque chose va se passer et commencer par une situation qui suppose qu’un événement s’est nécessairement déroulé pour produire ladite situation. Ceci capture l’imaginaire du lecteur qui tente d’inférer sur ce qui se passera et sur ce qui s’est passé.
  • Entrer dans la tête des personnages lorsque requis dans l’intrigue ou pour approfondir sa personnalité et mieux connaître son appréciation morale et ses états d’âme. Ceci permet au lecteur de mieux s’identifier à ses valeurs, ou encore de mieux comprendre son comportement, étant entendu que de livrer la pensée d’un personnage constitue un « secret » dévoilé au lecteur. Ces secrets ont une utilité pour amuser l’inconscient du lecteur, notamment lorsqu’il s’attend à une réaction du personnage qui ne correspond pas la réaction racontée dans l’histoire.
  • Maîtriser le dialogue, la main-maître de l’évolution de l’intrigue dans un roman. Pas de dialogue, pas d’intrigue, pas d’histoire, du moins dans la tête du lecteur. Le dialogue permet d’expliquer des situations complexes et de dénouer des aspects de l’intrigue au moment choisi par l’auteur, ceci l’aidant à maquiller des erreurs ou des oublis difficiles ou impossibles à corriger sans réécrire des parties importantes des textes avec des conséquences souvent néfastes sur la narration. Combien de fois l’auteur se dit-il après un long travail de rectification : « Qu’est-ce que j’ai fait là ? C’était mieux avant ! »
  • Être prudent avec les répétitions nécessaires à l’intrigue en s’assurant qu’à chacune d’elle, il y a quelque chose d’important qu’il faut ajouter à l’histoire, à moins bien sûr d’écrire quelque chose qui se rapporte au style « jour de la marmotte ». Par exemple, on peut imaginer que l’intrigue porte en partie sur les difficultés d’expliquer une situation, et que plusieurs personnages y vont de leurs hypothèses et de leur découragement. C’est une répétition intéressante pour le lecteur si, à chaque fois qu’elle se présente, elle évolue vers des situations nouvelles et inattendues.
  • Faire une utilisation stratégique des adjectifs, verbes et adverbes, de manière à ne pas expliquer au lecteur ce qu’il doit comprendre par lui-même brimant ainsi son plaisir. Il faut reconnaitre qu’on retrouve dans un beau texte des masses d’adjectifs et d’adverbes précisant la pensée de l’auteur et cherchant à créer un sentiment particulier chez le lecteur. Ici, il faut viser l’efficacité du dire et l’économie des mots. Par exemple, quelle est la différence entre « Je ne me sens pas vraiment bien… », « Je ne me sens pas bien ! » et « Je ne suis pas bien ! » ? Peu… non, la différence est énorme. Le « vraiment » exige de référer au contexte (personnalité des acteurs et situation dramatique) pour en comprendre le sens, le « ne me sens pas » émet un doute sur l’intention du personnage, alors que l’autre expression lance un appel à l’aide. Ainsi, l’auteur doit demeurer conscient des mots qu’il utilise pour provoquer une réaction « agréable » ou « valant le coût » chez le lecteur.
  • Écrire un roman intellectuel (politique, scientifique, économique, social...) ou viscéral ou les deux ? Certains experts et éditeurs considèrent qu’un roman plutôt intellectuel est, de nos jours, un investissement perdu. Il est vrai qu’aujourd’hui, Albert Camus, avec ses romans « L’Étranger » ou la « Peste », des succès historiques, serait un auteur ignoré par les Éditeurs. Mais il est imprudent de penser qu’un roman plutôt viscéral pourrait de quelque manière se positionner comme capable de marquer la littérature, même aujourd’hui, dans l’éphémère médiatique où la violence, le fantasmatique et la pauvreté des sentiments se sont élevés au premier rang des préférences.

Des conseils à suivre…

  Milan Kundera

Milan Kundera

Sans le secours d’un éditeur chevronné, l’auteur, le débutant surtout, est laissé à lui-même… non… pas vraiment. Il existe heureusement des sources précieuses de renseignements sur le métier et une information assez bien organisée (par exemple, le Petit Guide de Démarrage à l’Écriture de Laure Gerbault) qui conseille l’écrivain en herbe devant sa tâche. Il y a aussi les conseils de grands écrivains qui viennent enrichir les habiletés de l’auteur, et, dans un autre ordre d’idée, l’Art du roman de Milan Kundera qui porte loin la noblesse de la grande écriture, mais qui aussi incite à relever le défi de l’œuvre littéraire.

Quelle stratégie d’écriture ?

Quelle approche à l’écriture choisir ? Tout dépend de l’intention de l’auteur… de sa situation financière, de son âge et des raisons pour lesquelles il écrit. Mais, quelle que soit la stratégie choisie, le livre doit obéir à des règles littéraires, satisfaire à des normes linguistiques et rencontrer des critères commerciaux.

Le plus important est cependant le plaisir d’écrire et ce plaisir nait dans la domination des styles, la force de l’imaginaire et l’impact du contenu. C’est là, à mon avis, le défi de l’auteur. Ajuster sa stratégie d’écriture à sa satisfaction, sans outrepasser les capacités du lecteur d’apprécier son œuvre et de s’en délecter.

Alain Avanti, janvier 2018

Alain Avanti

Alain Avanti s’intéresse à travers la science-fiction à l’évolution de l’espèce humaine. Il écrit pour ceux qui, comme lui, adhèrent à une nouvelle vision du monde, un monde qui se fabrique sur la vérité, la bonté, la raison, la connaissance, l’imaginaire et la quête du bonheur… un monde où la liberté de chacun s’exprime dans un environnement sécuritaire… un monde où le pouvoir est véritablement au service de l’épanouissement de tous… un monde respectueux de la vie et engagé à la protection de la biosphère.

Ses livres sont des thrillers politiques où s’entremêlent le bien et le mal, où l’inconnu et le doute défient l’intelligence… Ses récits veulent plaire à ceux qui croient à un grand destin pour le genre humain, mais qui peinent à trouver le temps pour y rêver… Ses romans veulent rendre captivant le regard que l’espèce humaine devrait jeter sur elle-même, sur l’infiniment petit, l’infiniment grand et l’infiniment mystérieux… Ses écrits portent sur la responsabilité que donne aux humains la capacité de prendre conscience de ce qu’ils sont… la conscience, cet attribut unique que le cosmos a mis plus de 13,8 milliards d’années à façonner.

Il y a là une certaine vision utopique de ce que pourrait devenir le monde dans lequel nous vivons… sauf que…

… sauf que le génome humain… porteur de la parole et de l’imaginaire, l’industrie de la raison et de la bonté… l’immense aboutissement de l’énergie et la matière… dispose de tout ce qui pourrait être utile à ce grand dessein… mais aussi de tout ce qui pourrait empêcher le destin de l’humanité de se réaliser.

La Série « Nouvelles Écritures » imagine un monde où enfin l’humanité a été entendue par une civilisation qui a traversé toutes les étapes de son évolution, une civilisation extraterrestre… extradimensionnelle… qui ouvre la porte à l’apparition d’un nouvel humain. Les personnages engagés sur cette voie feront face à des résistances inattendues et découvriront que la quête d’un monde meilleur ne fait pas l’affaire de tous.